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Ville fluide qui glisse sous nos yeux comme sandali* et gondoles le long de ses canaux Venise, symbiose d’eau et de pierre, pierre d’Istrie immaculée ou noircie par l’usure. Symbiose d’eau et de couleurs. Enduits blessés par le temps et le sel. Palette nuancée de rouges et d’ocre. Reflets de couleurs mélangées sur la surface verdâtre de l’eau, images en mouvement perpétuel, images éphémères, au gré du vent ou d’un bateau de passage. Venise est un défi. Une perle fragile comme le verre posée sur une forêt immergée au cœur de la lagune. Mosaïque d’équilibres incertains en lutte avec le temps. Venise ville d’art et de trésors. Trésors à exhiber, traces des richesses et du pouvoir des nobles et marchands. Trésors à découvrir réservés à qui sait encore se perdre. Venise labyrinthe sans fin. Venise sacrée et profane, dévote et libertine. Venise levantine et byzantine. Venise mercantile et courtisane. Ville sans âge mise à sac chaque jour par le présent. Frénésie de consommation du « beau ». Pas le temps de regarder, il faut la filmer, l’enfermer, pour pouvoir l’emporter. Venise la nuit se repose du vacarme obscène des touristes et marchands. Et c’est alors qu’elle révèle ses plus beaux secrets. Son charme inquiétant, son visage sans âge. Clapotis de l’eau sur les rives, reflets de lumières, changeants comme les soies et velours venus d’orient. Et je reconnais les voisins au bruit de leurs pas et de leurs voix qui montent des ruelles et envahissent le sommeil d’été. Venise pour amarrer mon cœur. Port d’où larguer les amarres pour apaiser mon âme vagabonde.
Gianfranco Iannuzzi * sandalo : petite barque à rames, à fond plat, typique de la lagune.
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